Essay | SimCity 4, Destruction

SimCity 4 - Destruction

Combien d’enfants, après maints efforts et d’ingéniosité, animés alors d’une étrange vigueur, piétinent leurs châteaux de sable sous le regard désappointé des parents ?

Tout commence par un banal accident. Un centrale électrique se dégrade, puis prends feu. L’élément est très réaliste dans sa dynamique de mouvement. Un entremêlement de flammes et de fumées transparentes laissent entrevoir le foyer se noircir. Les passants fuient la zone. J’interviens, j’appelle les pompiers. Un sirène se fait entendre au loin. J’attends, impuissant. Malheureusement, l’incendie est trop éloigné de la caserne, il se répand rapidement. Par étincelles puis par embrasements successifs, la centrale explose en dégradant tout le périmètre. La ville est dans l’obscurité. Les habitants s’en vont par centaines. Je suis seul, dans une ville que j’ai pourtant construite pour eux, pour moi, depuis de nombreuses heures. Bande d’ingrats. Je pourrai trouver une solution pour les inciter à revenir. Reconstruire la centrale par exemple, et réhabiliter le quartier. Mais je m’y refuse, la situation est bien trop amusante.

Depuis sa toute première version, la fascinante série “Sim City” propose un élément de gameplay jubilatoire. Des “catastrophes” peuvent être déclenchées volontairement par le joueur : séisme, foudre, robots extraterrestres, météorites. Mais pas de panique, la souffrance et la mort sont ici assez peu détaillés : des mouvements de foule, des cris et le nombre d’habitants qui s’effondre, rien de plus.

Avec cette option déclenchable à volonté, SimCity4 propose un véritable jeu dans le jeu, un ordre et son chaos, un jeu de construction et de destruction. Une fois votre empire construit, vous pouvez recourir à sa destruction répétée – et ce, grâce à une sauvegarde référence. Un tel dispositif offre au joueur une alternative aux règles du jeu, l’expérience d’une pure interaction décorative.

Extraits de notes rédigées dans le cadre du cours Poétique numérique, tenu à Paris 8 par Georges Bloess et Jean-Louis Boissier, d’octobre 2002 à juin 2003.

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